INNERVISION#21 Une heure avec Rocé et les damné.e.s de la terre

INNERVISION #21 vendredi 22 mars à 18h précise! ○ prix libre ○ conférence ◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠◠ UNE HEURE AVEC ROCÉ ET LES DAMNÉ.E.S DE LA TERRE ◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡◡

Cela fait plusieurs semaines que nous nous extasions sur l'une des plus belles compilations jamais apparue dans nos bacs. Immense projet, engagement inconditionnel et réussite totale. Nous avons l'immense plaisir d'accueillir pour une heure, ni plus ni moins, l'estimé rappeur français Rocé, mastermind responsable de ce disque unique en son genre honorant la musique francophone engagée. Ce sont 24 titres aux revendications diverses, d’horizons variés, qui (re)voient le jour accompagnés d’un livret de 40 pages incluant les textes inédits des historiens Naïma Yahi et Amzat Boukari-Yabara.

https://soundcloud.com/roc-officiel/sets/par-les-damnees-de-la-terre/s-A2jfM Rocé se déplacera ensuite à la MJC d'Annemasse: https://www.facebook.com/events/2038034926495404/

Rocé: Je fais partie de cette génération qui a vu naître le rap français, et avec lui l’énorme engouement pour cette musique des enfants de la deuxième et troisième génération d’immigrés. J’ai voulu creuser au-delà du rap, fouiller les artistes de la langue française qui véhiculent la poésie de l’urgence, la poésie à fleur de peau, engagée malgré elle parce que le contexte ne lui donne pas le choix. La poésie des «damné.e.s de la terre». Dans l’ombre des chanteurs à texte médiatisés existent des femmes et des hommes devenus artistes juste le temps d’un disque. Inutile de chercher dans ce recueil le morceau «exotique et funky», extrait du folklore destiné à la métropole. Rythmes et textes sont vêtus de leur propre «blues» dur et sincère. La langue française réunit des régions du monde qui portent des fardeaux communs. Géopolitique et sentiments se mêlent. Les paroles des anciens résonnent jusque dans les oreilles des enfants d’aujourd’hui, ceux des diasporas. Un bon nombre des artistes présent.e.s dans ce recueil n’a pas eu la chance de croiser son public à l’époque, je pense que le contexte actuel des migrations et des questionnements identitaires donnera une résonance toute particulière à ces textes et à ces musiques. Deux historiens, Naïma Yahi et Amzat Boukari-Yabara, écrivent le livret du disque, ils décrivent les contextes de l’époque et des pays dont proviennent les morceaux. Ce projet, musical et de patrimoine, répond à un besoin : (re)donner la voix aux nouvelles générations qui évoluent en France avec une absence d’identification, un oubli de l’histoire de leurs parents dans le paysage politique et culturel qu’elles traversent en grandissant. Il écrit une autre histoire de la musique en français. A la jonction des luttes de libération des pays d’origines, des luttes ouvrières, des exils, il cristallise une époque où les luttes bâtissaient des fraternités, des affirmations, de la dignité, des liens entre les peuples opprimés et des convergences que l’Histoire des livres scolaires ne dit pas. Il est important à mes yeux de transmettre ces moments de tous les possibles afin d’en imprégner la morosité dans laquelle grandissent les nouvelles générations. Ce disque est donc un constat, un bout de mémoire qui montre que le champ des possibles était ouvert un court moment, avant d’être refermé, nous plongeant dans l’individualisme, le court terme, l’absence de projets de société. L’absence des ces histoires dans l’Histoire nous prive de l’espoir, des notions de fraternité, de résistance, de modes d’emplois d’autodéfense. L’époque actuelle nous impose ses fictions dystopiques, des histoires d’échecs et d’impasses. Nous pouvons être tous d’accord, ça ne sert à rien s’il n’y a pas de projet commun. Je ne sais pas comment sera demain, ce que je sais c’est qu’avec la mémoire nous pouvons additionner la force et l’union des peuples d’hier aux diasporas et subalternes d’aujourd’hui. Nous placer au centre de l’histoire que l’on nous conte afin de rompre avec la logique impérialiste.

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